mercredi 12 août 2015

Le Kilimandjaro par la voie Rongaï

Du 23 au 30 juillet 2015

Notre équipe au sommet de l'Hururu Peak (5895m) le mardi 28 juillet à 7h30


Aller gravir le Kilimandjaro, c’est d’abord effectuer un voyage en Afrique. Et lorsqu’on aime l’Afrique, partir pour quelques jours en Tanzanie est un véritable bonheur. C’est mon sentiment sur le tarmac de l’aéroport Charles de Gaulle quelques instants avant de monter dans l’avion pour Kili Airport.

Demandez à quelqu’un dans la rue de vous citer trois montagnes mythiques, il vous répondra à coup sûr : le Mont Blanc, l’Everest et le Kilimandjaro. Ce succès du Kili est probablement dû au roman d’Hemingway mais surtout à sa situation incongrue en plein milieu du continent africain pratiquement sur l’Equateur culminant à près de 6000 mètres et recouvert d’un glacier sur sa face côté sud. Les neiges du Kilimandjaro, j’en avais rêvé tout gosse en dévorant mes bouquins d’aventure sans pouvoir imaginer que j’allais effectuer de nombreuses fois et toujours avec le même plaisir ce voyage initiatique à la haute altitude.
Cette fois ci, j’emmène avec moi un groupe de sept copains néophytes en empruntant une voie nouvelle pour moi, la Rongaï, tracée sur le versant nord du volcan. Cette voie que je vais m’empresser de de découvrir m’a été conseillée par plusieurs copains guides. Son « gate » de départ situé à quelques kilomètres seulement de la frontière kenyane est plus éloignée de la ville d’Arusha, carrément à l’opposé,  ce qui rebute peut être les grimpeurs et explique qu’elle soit moins fréquentée. Ce qui ne me déplait pas !


Au départ au Nalemoru Gate de la voie Rongaï


Premier jour : Dénivellée + 450 m . 7 km. 2 heures30.
En compagnie de nos trois guides Chaga, je récupère mes amis à l’aéroport et un bus nous transporte à travers la paisible campagne africaine jusqu’au petit village de Nalemoru proche de notre lieu de départ à 2200 mètres d’altitude. Un fonctionnaire du parc débonnaire installé dans sa petite cahute recueille nos noms et numéros de passeport pendant que Driss et ses deux collègues s’occupent de réunir l’ensemble des porteurs, peser les bagages et distribuer les charges, sachant que la limite de portage par personne est de 40 kg.  
Le fonctionnaire du Parc

Nos guides contrôlent les charges des porteurs

Après un lunch promptement avalé et une photo de notre équipe « conquérante », nous prenons le chemin de notre première étape jusqu’à Simba Camp situé à 2670 mètres d’altitude. C’est une montée paisible à travers un paysage bien différent de celui que j’avais connu précédemment sur la face sud du volcan. Une piste tranquille serpente d’abord à travers des champs soigneusement cultivés et quelques pinèdes incongrues à cette latitude, côtoie des villages aux  cases soignées avec des femmes en boubous multicolores qui essaient de nous vendre du coca cola, avant de pénétrer enfin dans une jungle équatoriale bien moins dense que ce que j’imaginais. A l’approche du campement, la forêt s’éclaircit et notre équipe installe les tentes dans une belle clairière tout à côté des trois tentes d’un couple d’américains et de quelques porteurs, nos seuls voisins des premiers jours.
Sur le chemin vers Simba Camp.

Notre premier repas que nous prenons assis confortablement et bien au chaud dans la petite tente mess nous rassure, s’il le fallait, sur l’organisation de mon agence partenaire . Je prescris un demi comprimé de diamox à mes camarades afin de prévenir le mal des montagnes, car le seul inconvénient, peut-être, de cette voie Rongaï est de comporter un jour d’acclimatation de moins que les autres. Driss vient faire son briefing du soir et présente le programme du lendemain avec un départ tôt qui pousse tout le monde sous les tentes.


Simba Camp

Deuxième jour : Dénivellée + 850m. 9 km. 3 heures30.
De Simba Camp (2670m) au Cave Camp Two (3500m), étape de 9 kilomètres avec environ 850 mètres de montée parfois assez raide dans un paysage qui devient de plus en plus minéral à mesure que l’on s’élève. Nous marchons « pole pole », ce qui signifie « calmement » dans les pas d’un de nos guides Chaga. C’est la recette du Kili. Ne pas aller trop vite, ne pas brûler les étapes de l’acclimatation. Notre équipe de porteurs s’est empressé de démonter le camp pour le transporter à l’emplacement suivant afin que tout soit prêt pour notre arrivée. Ce sera ainsi chaque jour jusqu’à la veille du sommet. Nous nous habituerons à les voir nous doubler d’un pas tranquille mais rapide, à peine essoufflés ni gênés par leur charge qu’ils portent sur le dos ou sur la tête dans la pure tradition africaine. Partis à 8h30, nous arrivons aux alentours de midi à notre nouveau campement sans avoir vu passer ni le temps, ni la distance. 
Nos porteurs avec le Mawenzi en toile de fond.

Le temps est merveilleux depuis ce matin et les nuages envolés nous laissent admirer le cône parfait du Kilimandjaro dans toute sa splendeur. A notre arrivée toute l’équipe entrainée par nos guides, des porteurs aux cuisiniers , nous font la surprise d’un accueil en chants et danses auquel ils nous proposent de participer, ce que nous faisons avec plaisir. A partir de ce jour, ce sera la tradition joyeuse de nos départs et de nos arrivées. 
L’après midi est consacrée au repos jusqu’au diner que nous précédons d’un apéritif bien français avec vin rouge et saucisson, avec modération car depuis quelques années l’alcool est banni sur les pentes du Kili.


Notre tente mess.



Première vision du Kili à partir de Simba Camp.



Troisième jour : Dénivellée + 450m. 4 km . 3 heures.
C’est une journée qu’avec Driss nous avons volontairement choisie courte pour rejoindre rapidement l’altitude de 4000 mètres et bénéficier ainsi d’une meilleure acclimatation. Ainsi, nous allons marcher jusqu’au Cave Camp Three (3950m) distant seulement de 4 kilomètres avec un peu plus de 450 mètres de montée. Cela nous permet de partir vers 9h00 pour arriver sur place avant midi. Nous avons suivi un sentier poussiéreux parsemé de blocs de lave datant de la  dernière éruption vieille de deux cent cinquante  milles années! C'est sûr nous sommes sur une vieille montagne ! Notre camp est installé sur un petit plateau où s'ouvrent quelques grottes qui expliquent le nom de  « Third caves » . Comme de coutume nous engageons des notre arrivée une mortelle danse avec nos porteurs et guides que nous finissons par les cris « Kili a don’f ». Le soir, pendant notre courte ballade apéritive, nous survolons une mer de nuage compacte et magnifique d’un gris d’acier qui contraste avec l’indigo du ciel. Le Kilimandjaro nous domine maintenant de toute sa hauteur et on distingue le sommet avec l’éclat blanc d’un morceau de glacier. Driss nous raconte qu’aux temps anciens le peuple Chaga qui ignorait la neige pensait que le le sommet de la montagne était couvert d’argent… mais refusait d’y aller par crainte de fouler le domaine des dieux.


Arrivée au Camp 3

Third Cave Camp 3950m


Quatrième jour : Dénivellée + 780m. 5,5 kilomètres. 3 heures30.
Cette première nuit à 4000 mètres n’a pas été facile pour certains, dont Manu qui partage ma tente. Malgré le Diamox! J’espère que cela ira mieux ce soir lorsque nous arriverons au dernier camp avant le sommet, Kibo Hut à l’altitude de 4700 mètres, presque le Mont Blanc ! 


La montée vers Kibo Hut.

Paysage aride.
En attendant, c’est une longue marche très belle dans un paysage de plus en plus aride et volcanique. 780 mètres de montée que nous avalons en trois heures et demi. A présent, nous quittons notre solitude pour revenir dans un monde presque civilisé. En effet, à Kibo Hut, nous rejoignons la voie normale et historique du Kili, la Marangu Route surnommée aussi la « Coca Cola route ». C’est presqu'un village avec quelques chalets refuge aux toits de tôle verts de facture relativement récente, avec une foule bigarrée de porteurs et d’ascensionnistes se tout poil. Nos tentes sont établies sur un sol poussiéreux balayé par un vent désagréable. La poussière s’incruste partout et il faut veiller à bien fermer les portes de nos tentes. Nous partirons à minuit pour le sommet et je conseille à mes amis de bien préparer leurs affaires avant se regagner leur duvet et surtout de ne prendre que le strict minimum pour l’ascension afin d’être le plus léger possible. Ensuite chacun essaie de dormir avec plus ou moins de succès.


Kibo Hut dernier camp avec l'ascension.
Briefing par Driss notre guide Chaga


Cinquième jour : Dénivellée +1400m -2400m . 21 kilomètres. 15 heures.
C’est le jour du sommet mais aussi le jour le plus long car il comporte après une longue montée une très longue descente, soit dans un premier temps un aller et retour de1400 mètres de dénivelée et 11 kilomètres de distance pour « faire » le sommet situé à 5898 mètres d’altitude, suivi de 1000 mètres supplémentaires de descente et 10 autres kilomètres de marche pour atteindre enfin Horumbo Hut Camp situé à la lisière de la forêt à 3700 mètres d’altitude. Calculez rapidement, cela fait un total de 1400 mètres d’ascension pour 2400 mètres de descente et environ 20 kilomètres de marche. En partant à minuit cela va nous prendre tout le reste de la nuit et une grande partie de la journée puisque nous n’arriverons à Hurumbu Camp seulement en fin d’après midi. Ouf !!!

La longue montée vers le sommet

Cela commence par une longue montée bien raide à la lueur des lampes frontales dans un désert de pierrailles que l’on devine vaguement, jusqu’à atteindre le bord du cratère et Gilmans Point à 5600 mètres après avoir sinué sur la fin entre quelques blocs de rochers vestiges de la dernière éruption. On longue ensuite le cratère. Toujours dans la nuit qui commence à s’éclaircir à l’est car il n’est que quatre heure trente du matin. A l’issue de cette marche quasi horizontale on atteint Stella Point et la jonction avec la voie Machamé que j’ai pratiquée jusqu’alors, pour entamer les derniers 200 mètres de montée presque en pente douce jusqu’au sommet. 
Les neiges du Kilimandjaro

Derniers efforts à l'aube

La dernière ligne droite ....

Le jour est bien levé maintenant et on longe sur la gauche, face sud,  les séracs du glacier qui, malgré l’indéniable réchauffement climatique est encore bien présent. Nous ne sommes pas seuls mais pas si nombreux tout de même. Quelques dizaines de personnes que l’on croise en train de descendre, certains stoppés en pleine ascension, saisis de fatigue et proches du renoncement, les autres comme nous en train de gravir le sentier caillouteux aux pas ralentis par l’hypoxie. Il y a peu de vent mais malgré tout une vraie sensation de froid car la température doit  avoisiner les moins quinze degrés. Vestes en duvets, pantalons chauds et chaussures de montagne sont les bienvenus. A sept heures dix du matin nous atteignons le sommet. 
Derniers séracs sur la face sud

Une partie de notre équipe sous le sommet

Panorama sur le cratère à partir d'Hururu Peak

Fatigués et ravis, nous nous rassemblons sous le panneau sommital d’Uhuru Peak pour la traditionnelle photo. La météo est idéale. L’atmosphère est limpide et chose rare on aperçoit même la vallée d’Arusha par dessus les neiges immaculées du glacier.


La photo du sommet

Manu est fatigué, il n’a pratiquement pas dormi les deux dernières nuits. Il va se rendre compte que le vrai objectif en montagne n’est pas le sommet mais….le retour aux tentes. Nous y serons à onze heures du matin, salués par les chants de bienvenue et de félicitation de notre équipe de porteurs, avant de nous engouffrer dans notre tente mess pour un merveilleux déjeuner réparateur. 


La longue descente vers Horumbo Hut

La journée est loin d’être finie. Le signal du départ est fixé à 14 heures afin d’arriver au campement d’ Horumbo Hut avant la nuit. Nous abandonnons nos tenues d’altitude pour des équipements plus légers : les chaussures de montagne sont remplacées par les « baskets », les sacs se font extrêmement légers, un léger coupe vent et une gourde d’eau suffiront. Cette longue marche de près de dix kilomètres, en fait une longue descente peu raide, n’est même pas rebutante, grisés par notre succès que nous sommes, mais surtout par la beauté et la variété des paysages rencontrés. Seul bémol, peut être la quantité de trekkeurs que l’on croise sur cette « Coca Cola » qui mérite bien son appellation. 
Vers 3000 mètres la lande désertique fait place peu à peu à la forêt. On croise les fameux séneçons, arbres endémiques du Kili, à mi chemin entre le palmier et l’acacia. Et bientôt, au détour d’une véritable piste en latérite, apparaissent les toits verts pomme des chalets refuge d’Horumbo. Nous retrouvons avec plaisir nos tentes blotties sur un ilot de verdure sous les regards impassibles du fier Kilimandjaro et de son voisin éternel le Mawenzi Peak.


Dernier campement à Horumbo Hut

Dernier aperçu du Kili

Une dernière bouteille de Bordeaux nous permet de fêter notre réussite en compagnie de nos trois guides Chaga. Nous regagnons rapidement nos tentes, demain sera un autre jour !!!

Sixième jour : Dénivellée -1600m. 18km. 5 heures.
Il commence dans un nuage qui enveloppe épais dès le matin nos tentes. Tant mieux, nous ne souffrirons pas de la chaleur dans cette dernière descente jusqu’au Horumbo Gate où nous attend notre autobus . L’air est frais, l’atmosphère délicieusement humide . Il nous reste près de 1600 mètres de descente que nous couperons par un arrêt pour déjeuner dans le dur d’un chalet refuge bienvenu à Mandara Camp (2800m). 
Mandara Camp

A vrai dire, nous ne sentons plus guère notre fatigue et nous retrouvons un rythme de marche rapide qui nous fait arriver en avance sur l’horaire au Gate de sortie où chacun reçoit son diplôme de « summiter » signé de la main même du Président du Parc National du Kilimandjaro.



L'équipe "conquérante" à l'arrivée


BILAN :

L’ascension du Kilimandjaro par la voie Rongaï présente à mes yeux de nombreux avantages :
voie très sauvage et peu empruntée, la seule de la face nord.
voie directe jusqu’au dernier camp permettant des journées de marche d’approche relativement courtes et de grands temps de repos.
voie rapide : 6 jours et 5 nuits.
campements isolés sous tente dans de superbes endroits.
itinéraire en boucle avec un retour magnifique par le côté sud et la voie Marangu permettant une vue sur deux côtés très différents de la montagne.
la fin du mois de juillet qui correspond à l’hiver austral parait idéal, même si la température est relativement plus fraiche, ce qui n’est pas plus mal pendant les premières journées, cela est compensé largement par la limpidité de l’atmosphère.

Peu d’inconvénients :
peut être la longueur de la dernière journée d’ascension puisque qu’on longe le cratère avant d’attaquer la pente menant au sommet. Mais l’itinéraire retour sur la lèvre de la caldeira au petit matin est magnifique.

Merci à l’organisation parfaite de l’agence Tanganyika et à nos guides et porteurs Chaga sans lesquels le sommet serait plus compliqué.


Au sommet de l'Uhuru Peak point culminant de l'Afrique







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